Je crois qu’il y a une manière de vieillir heureux, qui parvient, au-delà de tous les aléas de la vie, à trouver encore la joie d’aimer. Je crois que, malgré le corps qui se délite, les maladies et les maux qui prennent de l’importance, malgré les possibilités qui se réduisent parfois drastiquement et même quand vient le sentiment d’approcher de la fin, il reste de la place pour l’espérance et la joie parce que, jusqu’au bout, nous gardons intacte notre capacité d’aimer.
Je crois qu’il reste dans la souffrance, au fond de la maladie ou de la dépendance, toujours la possibilité d’aimer de tout son cœur ; qu’il y a moyen que la douleur ne prenne pas toute la place, à force d’amour : l’amour pour l’époux ou l’épouse d’une vie, l’amour pour ses parents, pour ses enfants, l’amour pour Dieu. Il y a, même au fond d’un lit d’hôpital, invalide ou en grande fragilité, la possibilité intacte d’éprouver toujours de l’amour et donc, quelque part encore, la joie d’aimer.
Je me souviens d’une religieuse franciscaine, plus que centenaire. Elle vivait dans une maison de repos à Embourg. Elle avait le cœur tellement fragile, qu’il était interdit de frapper à sa porte avant d’entrer. On entrait à pas feutrés, attendant silencieusement qu’elle vous remarque. Je garde comme un trésor ce qu’elle m’a dit dans la pénombre de sa chambre : « Je suis prête, je n’ai pas peur. Au contraire, je suis pleine de joie. Je vais rejoindre l’Amour que toute ma vie j’ai espéré. ». Et elle s’est éteinte en paix quelques jours plus tard.
Je me souviens aussi de Véronique, au pèlerinage du Rosaire à Lourdes. Elle n’avait plus aucune force musculaire ; elle ne pouvait plus parler, ni manger, ni boire. Je l’accompagnais à la messe pour veiller sur elle, lui passer de temps en temps un linge humide sur le visage et prier ensemble, essentiellement en se tenant la main, et en se regardant profondément dans les yeux. C’est tout ce qu’il nous restait pour communiquer et, tous les deux nous avons pleuré. De tristesse, sans doute, mais le regard plein de joie. Je n’ai jamais entendu le son de sa voix, mais j’ai la certitude d’avoir été regardé du plus bel amour et d’en avoir eu le cœur bouleversé.
On comprend souvent négativement la notion de sacrifice – l’idée d’offrir à Dieu ses souffrances, par exemple – comme s’il s’agissait du désir pervers de souffrir pour expier ou pire d’aimer la douleur en soi, au fond comme un suicide sur l’autel de Dieu. C’est un peu vite oublier que le Christ en agonie a supplié : « Éloigne de moi cette coupe » (Lc 22, 42).
Mais, il y a une vision positive du sacrifice, non pas comme amour de la souffrance mais au contraire comme sacrifice de la souffrance pour se donner encore à l’amour, un amour qui précisément transcende la douleur, qui va au-delà ; un sacrifice qui trouve la force de détourner ses pensées de la souffrance, pour les maintenir dans l’amour.
En effet, ça demande une certaine force spirituelle. Qui parvient, pétri de douleur, à malgré tout centrer son cœur sur l’amour ? à penser à ceux qu’il aime plus fort qu’à son corps malade ? à rendre encore grâces à Dieu alors qu’il se sent dépérir ?
Les visiteurs qui les accompagnent vous rapporteront, comme je viens de le faire, quantité de témoignages de cette force qui émane de personnes malades, de la puissance d’amour qu’elles transmettent, parfois dans la plus grande fragilité. Beaucoup de visiteurs de malades vous diront qu’ils ont, dans bien des cas, infiniment plus reçu qu’ils ont donné. C’est de cette force dont je parle.
Aujourd’hui, alors que nous commémorons la Journée mondiale des malades, je voudrais simplement remercier toutes celles et ceux qui, dans la maladie, restent des petites lumières brillantes d’amour : les époux qui jusqu’à la fin s’embrassent, les vieilles mamans fatiguées qui ont encore des gestes tendres et le cœur brûlant, les vieux papys qui partagent leur tendresse par des regards affectueux, toutes celles et ceux qui, malades, restent épris d’amour.
Peut-être ne mesurez-vous pas à quel point votre affection, votre tendresse, vos paroles, vos regards pour vos proches sont précieux ? Ce sont pourtant des jalons d’éternité. Parce qu’ils portent en eux, avec force, l’espérance que, jusqu’au bout et malgré tout, l’amour peut triompher.
§ 49 – ….. « Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Je répète ici pour toute l’Église ce que j’ai dit de nombreuses fois aux prêtres et laïcs de Buenos Aires : je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités.
Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie.
Plus que la peur de se tromper, j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37).
Prière finale à Marie
Marie, obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort. Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que parvienne à tous le don de la beauté qui ne se ternit pas.
Pape François : La Joie de l’Evangile – éd. Fidélité – 10 €
(Traduction zenit.org – La mise en relief est personnelle)
Nous fêtons aujourd’hui deux grands Apôtres de l’Evangile et deux colonnes principales de l’Eglise : Pierre et Paul.
Regardons de près ces deux témoins de la foi : au
centre de leur histoire, ce n’est pas leur bravoure, mais plutôt la rencontre
avec le Christ qui a changé leur vie. Ils ont fait l’expérience d’un amour qui
les a guéris et libérés et c’est pourquoi ils sont devenus apôtres et ministres
de libération pour les autres.
Pierre et Paul sont libres seulement parce qu’ils ont été libérés.
Arrêtons-nous sur ce point central.
Pierre, le pêcheur de Galilée, a été tout d’abord
libéré du sentiment d’inaptitude et d’amertume de l’échec, et cela s’est
produit grâce à l’amour inconditionnel de Jésus. Bien que pêcheur expérimenté,
il a fait plusieurs fois l’expérience, au cœur de la nuit, du goût amer de la
défaite de n’avoir rien pêché (cf. Lc 5, 5 ; Jn 21, 5) et, devant les filets
vides, il a eu la tentation de tirer les rames dans la barque ; bien que fort
et impétueux, il s’est souvent laissé prendre par la peur (cf. Mt 14, 30) ;
bien que disciple passionné du Seigneur, il a continué à raisonner selon le
monde sans parvenir à comprendre et accueillir la signification de la Croix du
Christ (cf. Mt 16, 22) ; bien que se disant prêt à donner sa vie pour Lui, il a
suffi qu’il se sente soupçonné d’être des siens pour s’effrayer au point de
renier le Maître (cf. Mc 14, 66-72).
Pourtant, Jésus l’a aimé gratuitement et a misé sur
lui. Il l’a encouragé à ne pas abandonner, à jeter encore les filets à la mer,
à marcher sur les eaux, à regarder avec courage sa faiblesse, à Le suivre sur
la voie de la croix, à donner sa vie pour ses frères, à paître ses brebis. Il
l’a ainsi libéré de la peur, des calculs basés sur les seules sécurités
humaines, des soucis mondains, en lui donnant le courage de tout risquer, et la
joie de se sentir pêcheur d’hommes. Il l’a appelé, lui, à confirmer dans la foi
ses frères (cf. Lc 22, 32). Il lui a donné – nous l’avons entendu dans
l’Evangile – les clefs pour ouvrir les portes qui conduisent à la rencontre
avec le Seigneur et le pouvoir de lier et de délier : de lier les frères au
Christ et de délier les nœuds et les chaînes de leur vie (cf. Mt 16, 19).
Tout cela a été possible seulement parce que – comme
nous l’a raconté la première lecture – Pierre a d’abord été libéré. Les chaînes
qui le retenaient prisonnier ont été brisées et, comme cela s’était produit
dans la nuit de la libération des Israélites de l’esclavage d’Égypte, il lui a
été demandé de se lever rapidement, de mettre sa ceinture et de s’attacher les
sandales pour sortir. Et le Seigneur ouvre grand les portes devant lui (cf. Ac
12, 7-10). C’est une nouvelle histoire d’ouverture, de libération, de chaînes
brisées, de sortie de la prison qui enferme. Pierre fait l’expérience de la Pâque
: le Seigneur l’a libéré.
L’Apôtre Paul a également expérimenté la libération du Christ.
Il a été libéré de l’esclavage le plus oppressant,
celui de son moi, et de Saul, nom du premier roi d’Israël, il est devenu Paul
qui signifie “petit”. Il a également été libéré du zèle religieux qui l’avait
rendu acharné à soutenir les traditions reçues (cf. Ga 1, 14) et violent dans
la persécution des chrétiens. L’observance formelle de la religion et sa
défense par l’épée tirée de la tradition, au lieu de l’ouvrir à l’amour de Dieu
et des frères, l’avaient rendu rigide. C’était un fondamentaliste. Dieu l’a
libéré de cela. Par contre, Il ne lui a pas épargné de nombreuses faiblesses et
difficultés qui ont rendu sa mission évangélisatrice plus féconde : les fatigues
de l’apostolat, l’infirmité physique (cf. Ga 4, 13-14) ; les violences et les
persécutions, les naufrages, la faim et la soif, et, comme il le raconte
lui-même, une épine qui le tourmente dans la chair (cf. 2 Co 12, 7-10).
Paul a ainsi compris que «
Dieu a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde pour couvrir de confusion ce
qui est fort » (1 Co 1, 27), que nous pouvons tout en Lui qui nous
donne force (cf. Ph 4, 13), que rien ne peut jamais nous séparer de son
Amour (cf. Rm 8, 35-39). C’est pourquoi, à la fin de sa vie – la
Deuxième Lecture nous l’a raconté – Paul peut dire : « Le Seigneur, Lui,
m’a assisté » et « Il m’arrachera encore à tout ce qu’on fait
pour me nuire » (2 Tm 4, 17.18). Paul a fait l’expérience de la Pâque :
le Seigneur l’a libéré.
Chers frères et sœurs, l’Eglise regarde ces deux
géants de la foi et voit deux Apôtres qui ont libéré la puissance de l’Évangile
dans le monde, uniquement parce qu’ils ont d’abord été libérés par la rencontre
avec le Christ. Il ne les a pas jugés, Il ne les a pas humiliés, mais Il a
partagé leur vie avec affection et proximité, en les soutenant de sa prière et,
parfois, en les reprenant pour les provoquer au changement.
A Pierre, Jésus dit tendrement : « J’ai prié
pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » (Lc 22, 32) ;
Il demande à Paul : « Saul, Saul, pourquoi me
persécuter ? » (Ac 9, 4). Jésus fait de même avec nous : Il nous assure
de sa proximité en priant pour nous et en intercédant auprès du Père ; et Il
nous reproche avec douceur quand nous faisons erreur, afin que nous puissions
trouver la force de nous relever et de reprendre le chemin.
Touchés par le Seigneur, nous sommes libérés nous aussi.
Et nous avons toujours besoin d’être libérés, car
seule une Église libre est une Église crédible. Comme Pierre, nous sommes
appelés à être libres du sentiment de défaite face au péché ; libres de la peur
qui nous immobilise et nous rend craintifs, en nous enfermant dans nos
sécurités et en nous ôtant le courage de la prophétie. Comme Paul, nous sommes
appelés à être libres des hypocrisies de l’apparence ; libres de la tentation
de nous imposer par la force du monde plutôt que par la faiblesse qui fait
place à Dieu ; libres d’une observance religieuse qui nous rend rigides et
inflexibles ; libres des liens ambigus avec le pouvoir et de la peur d’être
incompris et attaqués.
Pierre et Paul nous livrent l’image d’une Eglise
remise entre nos mains, mais conduite par le Seigneur avec fidélité et
tendresse ; une Eglise faible, mais forte de la présence de Dieu ; une Eglise
libérée qui peut offrir au monde cette libération qu’il ne peut pas se donner
tout seul : la libération du péché, de la mort, de la résignation, du sens de
l’injustice, de la perte de l’espérance qui avilit la vie des femmes et des
hommes de notre temps.
Demandons-nous : nos villes, nos sociétés, notre monde, à quel point ont-ils besoin de libération ?
Combien de chaînes doivent-elles être brisées et
combien de portes fermées doivent-elles être ouvertes ! Nous pouvons être des
collaborateurs de cette libération, mais seulement si nous nous laissons
d’abord libérer par la nouveauté de Jésus, et si nous marchons dans la liberté
de l’Esprit Saint.
Aujourd’hui, nos frères Archevêques reçoivent le
pallium. Ce signe d’unité avec Pierre rappelle la mission du pasteur qui
donne sa vie pour le troupeau. C’est en donnant sa vie que le pasteur,
libéré de lui-même, devient instrument de libération pour les frères.
Aujourd’hui, la Délégation du Patriarcat œcuménique, envoyée en cette occasion
par le cher frère Bartholomaios, est avec nous : votre présence appréciée est
un précieux signe d’unité sur le chemin de libération des distances qui
divisent scandaleusement ceux qui croient au Christ.
Nous prions pour vous, pour les pasteurs, pour
l’Eglise, pour nous tous : afin que, libérés par le Christ, nous puissions être
des apôtres de libération dans le monde entier. »
Peut-on aimer
Jésus-Christ et ne pas aimer l’Eglise ?
Savez-vous au moins que c’est Jésus lui-même qui l’a
instituée, cette Eglise ? Pourquoi ? Pour prolonger son enseignement,
pour le rendre présent jusqu’à la fin des temps, pour ne pas laisser ses
disciples désemparés après son départ et ainsi éviter autant que possible les
disputes.
Par sa Parole (que l’on découvre dans la Bible),
Parole rapportée et commentée par l’Eglise.
Par sa Présence réelle dans le pain et le vin
consacrés lors de l’Eucharistie,
Par sa Présence quand deux ou trois sont réunis
en son Nom.
L’Eglise est notre mère.
Quelques extraits des lettres des saints
Paul et Pierre.
LETTRE DE
SAINT PAUL APÔTRE AUX EPHESIENS.
Frères, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ;
22 En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères ; aussi, d’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, 23 car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure.
02 comme des enfants nouveau-nés, soyez avides du lait non dénaturé de la Parole qui vous fera grandir pour arriver au salut, 03 puisque vous avez goûté combien le Seigneur est bon.
07 À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. 18 Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit. https://www.aelf.org/bible/2Co/3